Le bouleversant secret du cerveau des grands-mères face à leurs petits-enfants

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Les grands-mères : ces héroïnes discrètes du quotidien, dont le cerveau cache un secret bouleversant. Oubliez le cliché du tricot : la science vient de plonger dans les méandres de leur cerveau et c’est tout sauf du gâteau… sauf qu’ici, on parle plutôt de transmission transgénérationnelle !

Quand la science réinvente la tendresse de Mamie

On parle volontiers des réactions physiologiques des parents—surtout des mères—au contact de leurs enfants. Mais qui se soucie de ce qui se passe dans la tête de Mamie quand elle admire la dernière création Play-Doh de son petit-fils ? Eh bien, une équipe du département d’anthropologie de l’Université Emory (Géorgie, États-Unis), dirigée par le professeur James Rilling, a décidé de sortir les grands-mères de l’ombre scientifique. Leur étude, récemment publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society B, examine en profondeur l’activité cérébrale des grands-mères en présence de leurs petits-enfants.

Une expérience sur mesure… pour la science et pour les mamies

Pour mener cette enquête atypique, 50 femmes, âgées en moyenne de 59 ans, ont été recrutées. La diversité était de mise (ethnique, sociale), et la plupart étaient très impliquées dans la vie de leurs petits-enfants—10 vivaient même avec eux, dont 3 étaient la personne principale en charge de leur éducation (autrement dit, « Mamie taxi/chef étoilé/professeur principal/comptable… »).

Critère essentiel : posséder au moins un petit-enfant biologique entre 3 et 12 ans. Attention, pas d’adoption dans cette étude ! À chaque grand-mère, le petit-enfant préféré (on ne juge pas) parmi ceux dans cette tranche d’âge. Résultat : un échantillon de 50 enfants, dont 23 filles, âgés en moyenne de 7 ans.

Les volontaires passent ensuite à la question : jusqu’où va leur implication et quel est leur lien émotionnel avec l’enfant élu ? Puis vient le grand moment : branchement sur appareil à résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) pour observer, images à l’appui, la réaction de leur cerveau face à des photos de leur petit-enfant, d’un enfant inconnu, du parent du même sexe que le petit-enfant, et d’un adulte inconnu. Petit jeu de société scientifique, dont les résultats sont à la fois touchants et riches d’enseignements…

Le « facteur mignon » qui enflamme le cerveau de Mamie

Alors, que se passe-t-il vraiment sous ces cheveux grisonnants ? Quand Mamie voit la frimousse de son petit-enfant, ses zones cérébrales liées à l’empathie émotionnelle et au mouvement s’éclairent nettement plus que face à d’autres visages. Plus incroyable encore : les grands-mères dont les circuits de l’empathie s’embrasent sont précisément celles qui déclarent vouloir s’investir davantage auprès de leur petit-enfant. Un second étage à la fusée cérébrale se dévoile chez ces mamies ultra-impliquées, avec une activité accrue dans les régions de l’empathie cognitive—c’est-à-dire la capacité à se mettre intellectuellement à la place de l’autre.

  • Empathie émotionnelle : ressenti direct des émotions de l’enfant.
  • Empathie cognitive : compréhension intellectuelle de ce que l’autre vit ou pense.

Selon James Rilling, l’activation prioritaire de l’empathie émotionnelle chez les grands-mères démontre qu’elles vivent intensément les joies comme les tristesses de leur petit-enfant : rire ou pleurer, Mamie le ressent en live !

En revanche, face à leur propre enfant adulte, c’est l’empathie cognitive qui prend le dessus. Fini le « facteur mignon », place à la tentative rationnelle de deviner pensées et sentiments, sans l’émotion brute. C’est donc prouvé : les enfants savent intuitivement activer le cerveau grand-maternel… Les adultes, eux, devront repasser pour le regard humide !

Une histoire d’évolution, de tubercules, et de réussite scolaire

Au-delà des émotions, cette étude éclaire aussi la place unique des grands-mères dans l’évolution humaine. L’hypothèse dite « grand-mère » explique que la longue vie des femmes après la ménopause a été sélectionnée par l’évolution en raison de leur immense importance dans le soin et la survie des enfants. Les humains, contrairement aux grands singes, sont des « reproducteurs coopératifs », c’est-à-dire qu’au-delà des mères, d’autres membres du groupe—pères, grands-parents notamment—se partagent l’éducation et les soins aux enfants.

  • En Tanzanie, les grands-mères chasseuses-cueilleuses récoltent pour leurs petits-enfants des aliments améliorant leur croissance.
  • Au Pakistan rural, leur investissement est lié à de meilleurs développements cognitifs, émotionnels et motricité chez l’enfant.
  • Une revue d’études traditionnelles a montré qu’une grand-mère maternelle présente améliore la survie de l’enfant dans la majorité des cas examinés.

Même dans nos sociétés modernes, l’accumulation de preuves vante les mérites d’une implication grand-maternelle : réussite scolaire, santé, équilibre social. Facteur amusant (et un peu rassurant) : aujourd’hui, on profite (survivance oblige !) plus longtemps de nos mamies qu’au début du XXe siècle—en Suisse, le pourcentage de jeunes de 20 ans ayant un grand-parent est passé de 27 % à 92 % en un siècle !

Ce que disent (et ne disent pas encore) les cerveaux familiaux

Si les pères sont souvent vus comme n°2 de la bienveillance parentale, la réalité, selon James Rilling, est parfois différente : la grand-mère peut être la principale alliée du jeune enfant, surtout dans un monde où mères seules et femmes actives se multiplient. Les pères, eux, mobilisent aussi certaines régions cérébrales proches de celles des mères, mais pas forcément les mêmes que les grands-mères ni avec la même intensité dans l’empathie émotionnelle.

Prudence cependant : les chercheurs admettent que leurs grand-mères volontaires étaient en bonne santé et mobilisées—ce qui pourrait ne pas être le cas partout.

Et après ? Rilling et son équipe aimeraient étudier d’autres « aidants » : grands-pères, oncles, tantes… et même frères ou sœurs aînés. Histoire de décortiquer plus encore la jungle du cerveau familial.

Conclusion : la prochaine fois que Mamie pleure de joie (ou d’émotion) devant un poème de fête des grands-mères, n’ayez crainte : c’est prouvé scientifiquement… et ce n’est pas près de s’arrêter !

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