“Depuis que je bois cette infusion le soir, je m’endors en dix minutes”

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Qui, un soir de fatigue, n’a pas cru dur comme fer aux promesses alléchantes de l’infusion du soir pour s’endormir vite et bien ? Entre marketing bien rodé et petit rituel rassurant, la fameuse tisane du coucher fascine… mais que nous dit réellement la science sur son efficacité ? Plongée dans votre mug, à la lumière du vrai, avec les analyses de trois spécialistes du sommeil.

Infusion du soir : tickets pour le pays des rêves ou simple légende urbaine ?

Boire une tisane à base de plantes pour s’offrir une nuit « douce », « calme », « paisible »… Nombre de sachets vantent fièrement ces vertus dans les supermarchés. Les compositions rivalisent en houblon, fleur d’oranger, camomille, verveine, lavande, marjolaine, passiflore, tilleul… Toutes ces plantes sont de fidèles pensionnaires de nos placards, mais font-elles vraiment la différence au moment de rejoindre Morphée ? La question mérite d’être posée, surtout lorsque la promesse va jusqu’à chasser les réveils nocturnes.

Nicolas Authier, psychiatre et pharmacologue, calme d’entrée l’enthousiasme : pour l’instant, aucune étude scientifique solide ne prouve une efficacité réelle des infusions sur la qualité du sommeil. Aucun médicament remboursé n’a même été développé à partir de ces plantes. La tisane, comme d’autres produits issus de la phytothérapie, repose donc sur des études observationnelles, pas sur des évaluations scientifiques strictes.

Zoom sur les plantes stars : entre soupçons d’efficacité et odeur tenace

Certes, quelques essais cliniques ont tenté leur chance, principalement avec la lavande, l’eschscholtzia (pavot de Californie) et la fameuse valériane. Mais là aussi, Patrick Lemoine, psychiatre spécialiste du sommeil, nuance : le niveau de preuve est très faible. On suggère toutefois que ces plantes stimuleraient les neurotransmetteurs gabaergiques (alias Gaba). Ceux-ci contribuent à réduire l’activité nerveuse, autrement dit à « freiner » le cerveau, pour aider à l’endormissement.
Mais s’il fallait décerner une médaille à la valériane, ce serait pour son « efficacité très modérée »… et pour son parfum évoquant les chaussettes oubliées dans un coin. Le professeur Pierre Philip, chef du service universitaire de médecine du sommeil du CHU de Bordeaux, prévient : il faut être motivé pour la consommer en version brute.

L’effet placebo et la magie du rituel

La science s’efface, l’esprit s’invite : si les actifs des tisanes ne révolutionnent pas notre sommeil, place à l’effet placebo ! Nicolas Authier rappelle que le caractère naturel séduit les amateurs, prêts à croire en leur bienfait. Cette croyance est d’autant plus forte avec les tisanes au CBD, portées par le marketing du « cannabis bien-être ». Pourtant, leur action anxiolytique n’a jamais été démontrée à dose infime comme dans les infusions.

Mais pourquoi tant d’adeptes ? C’est là qu’intervient le pouvoir du rituel. Pierre Philip enfonce le clou : boire une infusion, comme lire dans son salon le soir, fait partie des trucs apaisants qui calment l’anxiété avant de s’endormir. Il est alors possible de créer un lien rassurant avec ce geste récurrent. Au fond, on consomme sa tisane surtout pour se rassurer, renchérit Nicolas Authier.

  • Sensation de réconfort
  • Réduction de l’anxiété
  • Ancrage d’une routine propice au sommeil

La mise en garde, toutefois, reste de mise : Pierre Philip rappelle que l’effet placebo peut marcher au début, mais ce n’est qu’un pansement sur une jambe de bois… Surtout quand 71% des Français se plaignent de leur sommeil et que les troubles augmentent, notamment depuis le premier confinement, avec de fortes variations de rythme entre semaine et week-end.

Petits pièges d’infusions et vraie hygiène du sommeil

Aussi douce soit-elle, la tisane réserve parfois une surprise : elle remplit la vessie ! Patrick Lemoine prévient qu’en consommant des liquides avant le coucher, on augmente les risques d’être réveillé en pleine nuit pour courir aux toilettes, phénomène qui ne fait qu’empirer avec l’âge, notamment chez les hommes, à cause du rétrécissement du volume vésical au fil des années.

Les spécialistes insistent : plutôt que de miser sur la tisane ou d’autres substances, la clé d’un bon sommeil reste une hygiène rigoureuse : se lever chaque jour à la même heure, y compris le week-end, pratiquer des stratégies apaisantes non médicamenteuses comme la cohérence cardiaque, la relaxation ou la sophrologie.

En conclusion : si la tisane du soir ne vous garantit pas de vous endormir en dix minutes, elle a au moins le mérite de vous offrir un moment rien qu’à vous. Pour des nuits vraiment réparatrices, n’hésitez pas à bichonner votre routine du coucher… et à garder votre mug, avec humour, du côté réconfortant plutôt que miraculeux !

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